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La performance à tout prix ?


Quelle place donne-t-on à la performance dans notre société contemporaine ?


Aujourd’hui, on entend régulièrement parler de performance organisationnelle, de performance sociale, d’indicateurs de performance. Performance au travail, performance dans nos loisirs, performance dans nos accomplissements, performance … performance…


Et puis d’abord, c’est quoi, la performance ?


Selon notre cher Larousse, la performance c’est 1- Résultat chiffré d’un athlète lors d’une épreuve; 2-Exploit remarquable dans un domaine quelconque; 3- Résultat obtenu dans un domaine précis par quelqu’un.


Est-ce qu’on n’attendrait pas de nous que nous répondions un peu à toutes ces définitions de performance? La sentez-vous aussi, cette injonction sournoise qui plane en permanence, celle de faire plus, d'être efficace, d’être productif, d'être rentable en tout temps… Seulement et seulement SI nous sommes performants dans toutes nos sphères de vie, alors nous serons reconnus et valorisés!


Sauf que, plus on parle de performance, moins on parle de collaboration, d'écoute, de compréhension et surtout de relations humaines. Et pourtant, n'est-ce pas l'essence même de notre humanité? Exister pour entrer en relation et se découvrir à travers notre rapport singulier au monde.


On nous vend la performance comme modèle de réussite. Mais à quoi bon, si en chemin, on perd justement ce qui donne du sens à cette réussite ? Si on s’éloigne de tout, des gens, du vivant, de ce qui nous relie à chacun, que reste-t-il une fois arrivé au sommet ?


L'auteur et philosophe québécois Jacques Sénécal nous disait : “Nous sommes à la recherche du bonheur, mais nous sommes en rupture totale avec les sagesses de tout temps grâce auxquelles une véritable humanité se réalise : l'esprit de collaboration, l'entraide et la coopération, bref, la fraternité. Vouloir ‘avoir toujours plus’, viser les paroxysmes et les extrémismes, vouloir devenir le plus gros et le plus puissant, anéantit tout désir de justice et d'amitié, court-circuite l'autonomie des individus et des collectivités et compromet finalement la paix et le bonheur.


Alors, si cette quête de performance nous déconnecte tant de notre humanité et nous éloigne du bonheur, pourquoi est-ce qu’on continue de la brandir comme un slogan? Peut-être est-ce un mal nécessaire pour notre survie, pour celle de nos entreprises et de notre économie…


Pourtant, Olivier Hamant, chercheur français en biologie et biophysique, explique que les forêts qui parsèment la Terre depuis des millions d’années ne sont pas performantes et c’est justement ce qui explique leur longévité. Il explique que « par exemple, la photosynthèse n’a un rendement énergétique que de 1%, ce qui entraîne un gâchis de biomasse énorme à l’automne lorsque les feuilles tombent. Mais cette contre-performance est nécessaire pour préserver des marges de manœuvre. Par exemple, si les arbres étaient trop avares de leur biomasse, leurs feuilles ne permettraient pas de nourrir assez le sol afin que celui-ci soit en mesure de nourrir la croissance de l’arbre en retour ».


Au final, la performance n’est applicable que dans un monde stable. Dans son essai, il explique que ‘’la performance n’a aucun sens dans un monde instable, en pénurie de ressources ou en guerre. (…) Nous ne devrions pas répondre aux conséquences négatives de la performance avec plus de performance. Paradoxalement, c’est la performance qui nourrit le conservatisme, en nous enfermant dans une voie confortable et sécurisante à court terme, mais fragile à moyen terme ».


Donc si la performance ne nous apporte ni le bonheur, ni la longévité, ni la pérennité, ni l’amour, pourquoi continue-t-on de vouloir performer à tout prix ?

 

 

Sources :

 
 
 

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